Comment évaluer un fonds de placement avant d’investir ?

Choisir un fonds uniquement parce qu’il a affiché une excellente performance l’année précédente est l’une des méthodes les plus simples… et les moins fiables.

Une performance passée indique ce qui s’est produit. Elle ne dit pas nécessairement pourquoi cela s’est produit, quel risque a été nécessaire pour l’obtenir ni si les mêmes conditions peuvent se reproduire.

Pour analyser sérieusement un fonds, il faut commencer par comprendre son rôle.

Quelle est réellement la stratégie du fonds ?

La première question paraît évidente, mais elle est souvent négligée : dans quoi le fonds investit-il ?

Un fonds de placement peut être exposé à des actions, à des obligations, à plusieurs classes d’actifs ou à des segments géographiques et sectoriels précis. Deux fonds classés dans une même grande catégorie peuvent donc avoir des comportements très différents.

Un fonds actions européennes composé principalement de grandes entreprises défensives n’a pas le même profil qu’un fonds concentré sur des petites sociétés de croissance. Lire l’objectif d’investissement permet de comprendre ce que le gérant essaie réellement d’obtenir.

Avec quel indice faut-il comparer ses performances ?

Une performance n’a de sens que par rapport à un contexte. Un fonds gagnant 8 % peut sembler excellent. Mais si son marché de référence a progressé de 15 % pendant la même période, le résultat devient moins impressionnant. À l’inverse, une baisse de 5 % peut traduire une gestion relativement résistante si le marché comparable a perdu beaucoup davantage. Le choix du benchmark est donc déterminant.

Comparer un fonds technologique mondial à un indice obligataire n’apporterait pratiquement aucune information utile. Il faut aussi regarder plusieurs périodes. Une seule année peut être dominée par un environnement particulièrement favorable au style du fonds.

La volatilité suffit-elle à mesurer le risque ?

Non. La volatilité mesure l’ampleur des fluctuations de prix, mais un investisseur doit également examiner la profondeur des baisses historiques.

Le « maximum drawdown » correspond par exemple à la perte enregistrée entre un sommet et le point bas qui le suit. Cette information peut être beaucoup plus parlante.

Il est facile d’imaginer accepter un risque lorsque l’on regarde un rendement annuel moyen. Il est plus difficile de rester investi lorsque le portefeuille affiche temporairement -20 %, -30 % ou davantage.

La capacité psychologique à supporter une baisse constitue un paramètre réel de la stratégie.

Pourquoi les frais comptent-ils autant ?

Les frais sont prélevés indépendamment du fait que la performance soit bonne ou mauvaise.

Sur une année, un écart apparemment faible entre deux fonds peut sembler secondaire. Sur quinze ou vingt ans, l’accumulation de frais peut réduire sensiblement le capital final.

Il faut donc examiner les frais de gestion courants, mais aussi les éventuels frais d’entrée, de sortie ou de performance.

La bonne question n’est toutefois pas simplement : « quel fonds est le moins cher ? ».

Un coût doit être mis en relation avec ce que le fonds apporte. Une gestion active plus chère doit par exemple être évaluée sur sa capacité réelle à apporter une valeur supplémentaire après frais.

Un fonds très performant peut-il être trop concentré ?

Oui. Une performance exceptionnelle peut provenir de quelques positions qui ont fortement progressé.

Il est donc utile d’examiner la concentration du portefeuille : poids des dix principales lignes, répartition sectorielle et géographique, exposition à certaines devises ou catégories d’entreprises.

Un fonds détenant cinquante actions n’est pas automatiquement bien diversifié si la moitié de son portefeuille dépend d’un seul secteur. Cette analyse permet également d’éviter les doublons.

Un investisseur peut acheter plusieurs fonds différents en pensant diversifier son portefeuille alors qu’ils détiennent pratiquement les mêmes grandes entreprises.

Le gérant et la méthode de gestion ont-ils de l’importance ?

Dans un fonds actif, oui. Il faut comprendre comment les investissements sont sélectionnés et dans quelle mesure les décisions reposent sur une équipe ou sur une personne clé.

Un changement de gérant peut modifier le comportement futur du fonds.

Il est également utile de vérifier si la stratégie est restée cohérente avec le temps. Un fonds présenté comme prudent mais prenant progressivement davantage de risque mérite par exemple une nouvelle analyse.

La meilleure question : pourquoi ce fonds est-il dans le portefeuille ?

Avant d’investir, il faut pouvoir répondre simplement à cette question. Le fonds doit-il apporter une exposition internationale ? Des obligations ? Des petites capitalisations ? Une gestion plus défensive ?

Si sa fonction n’est pas claire, il devient difficile d’évaluer ensuite s’il remplit son objectif.

La sélection d’un fonds ne consiste donc pas à chercher celui qui apparaît en tête d’un classement récent. Elle consiste à vérifier si sa stratégie, ses risques, ses frais et son comportement correspondent au rôle qu’on souhaite lui attribuer.

Une bonne analyse commence finalement moins par « combien a-t-il rapporté ? » que par « qu’est-ce que je suis réellement en train d’acheter ? ».

Cette logique d’analyse s’applique aussi à tout investissement important : ouvrir une franchise implique également de comparer les risques, les coûts et le rôle réel du projet avant de s’engager.